4 novembre 2009
Deux aumôniers catholiques portent chaque jour ou presque «la bonne parole» à la maison d'arrêt. Ils y trouvent des raisons supplémentaires de croire en l'Homme.
Quand Roland Allouis et Olivier Guitton sortent de prison, ils regagnent, l'un sa famille, l'autre son logement mis à disposition par l'évêché. Le premier est diacre (*), le second prêtre. Depuis deux ans, ils ont la même mission: apporter «la parole de Dieu» à la maison d'arrêt. L'expression peut paraître grandiloquente, mais pour les deux hommes, elle recouvre une réalité faite de rencontres et d'humanité. «Nous sommes envoyés par l'Église vers le milieu carcéral, pas seulement vers les détenus», précisent-ils. Les surveillants, le personnel administratif et de direction sont donc également objets de leur attention. En revanche, le code pénal leur interdit tout contact avec les familles, et avec les détenus eux-mêmes après leur libération. Un aumônier musulman et un autre protestant officient également à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc.
«Des pépites»...
À la différence des visiteurs de prison, qui ne se rendent qu'au parloir, les aumôniers ont accès aux lieux de vie des détenus, jusque dans les cellules. Le principal point de contact est la célébration du samedi après-midi, suivie par une vingtaine de prisonniers. «Pour les participants, c'est une heure de liberté et de parole partagée. Les détenus ont une lecture de l'Évangile qui nous édifie. Il y a parfois des pépites dans leurs ténèbres!», s'extasie Roland Allouis.
«De ma famille...»
Mais n'est-il pas difficile d'accorder sa confiance, d'offrir des paroles de paix aux auteurs d'actes que l'on réprouve? «Nous ne connaissons pas les motifs de leur incarcération. Il faut se méfier des préjugés et de son imaginaire. Un détenu n'a pas forcément une tête à faire peur et des tatouages partout!», souligne RolandAllouis. «Je pense souvent que ce pourrait être quelqu'un de ma famille. Il faut parfois peu de chose pour basculer», renchérit Olivier Guitton. Les conditions de vie sont difficiles: 150 détenus pour 85 places, soit trois ou quatre personnes dans 9m². «Mais c'est comme ça partout en France. La prison de Saint-Brieuc est toujours en rénovation: elle n'est pas délaissée. Avec 25 surveillants qui se relaient, c'est moins inhumain qu'un centre carcéral de 600 à 800 détenus», précise OlivierGuitton.
Pas de prosélytisme
Âgés en moyenne de 25 ans (mais le plus vieux en a 72), les hommes ne séjournent pas plus de trois ans à la maison d'arrêt, dans l'attente de leur procès puis, pour les lourdes peines, de leur transfert en centrale. «Certains sont surpris de notre présence. Mais on n'a rien à vendre, on ne fait pas de prosélytisme. Alors, ils acceptent le dialogue, parfois sur le thème des différences entre religions. Nous n'avons jamais été agressés, même verbalement», confient les aumôniers. Eux-mêmes trouvent leur compte dans la relation avec les détenus. «C'est une rencontre d'homme à homme qui me remplit d'espérance et m'enracine dans ma foi», confie Roland Allouis. C'est cette espérance que les aumôniers s'efforcent de transmettre à leurs brebis égarées...
* Le diacre est un ministre de l'Église ordonné par l'évêque, comme le prêtre, mais il a sa vie propre. Roland Allouis est marié, père de famille, et a mené une carrière de visiteur médical.
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