21 octobre 2010
Chaque année, 700livres sortent des presses entre l'été et la fin de l'année. Beaucoup sont appelés à disparaître sans laisser beaucoup de traces dans les mémoires. D'autres seront réédités et enrichiront les collections de poche. Entrecet apport régulier et le fonds très abondant des classiques, cescollections offrent déjà aux lecteurs un choix inépuisable. Alors, àquoi bon courir après le dernier Houellebecq ou le jeune auteur qui monte? «La rentrée littéraire suscite toujours un vif intérêt», assure pourtant Christelle Lebesnerais, responsable de rayon chez Chapitre. «Mais il y a une telle profusion qu'on peut effectivement se demander quels auteurs demeureront présents dans le panorama culturel d'ici 20 ou 30 ans!», observe-t-elle. N'empêche, les acheteurs de nouveautés représentent, de loin, la majorité des clients du rayon littérature. «Mais pour s'y retrouver, le client a besoin du libraire», souligne la jeune femme.
Influence des critiques
L'influence des médias, des critiques reconnus et du classement «maison» se ressent nettement sur les ventes. «La plus grosse surprise de la rentrée, c'est ?Purge?, de Sophie Oksanen. Cette histoire de secret familial, de lien entre deux femmes de générations différentes a visiblement touché les lecteurs». «La carte et le territoire», de Michel Houellebecq, et, récemment sorti, «La Chute des géants», de Ken Follett, complètent ces jours-ci le trio de tête des ventes. «Le dernier Nothomb, ?Une forme de vie?, semble séduire un public plus large que celui des habitués de l'auteur», souligne encore Christelle. À la librairie Agora, on remarque que la moitié environ des lecteurs s'intéressent médiocrement aux nouveautés et se rendent directement au rayon poche. «Il y a une question de coût, remarque Isabelle Le Gonidec. J'ai de grandes lectrices qui dévorent deux ou trois livres par semaine. En grand format, ça commence à faire cher!»
«Valeurs sûres»
La responsable de rayon note une certaine circonspection des acheteurs de nouveautés, qui attendent une confirmation de la critique, voire de leur libraire, avant de faire l'achat de ce qu'ils espèrent «une valeur sûre». Elle met volontiers en avant son coup de coeur personnel: «Pastel Fauve», de Carmen Bramly. Cet écrivain de 15 ans narre, avec talent, paraît-il, des amours adolescentes se déroulant, en outre, sur l'île de Bréhat. «Le livre plaît aux adolescents et intéresse leurs parents. En tant que mère d'une fille de 15 ans, je le pousse un peu!», confie la libraire. L'actualité joue son rôle: la sortie du film «Elle s'appelait Sarah» booste les ventes du livre éponyme, et «Complètement débordée», de Zoé Shepard, sorti en avril, ne s'est jamais aussi bien vendu que depuis les récents déboires de son auteur avec l'administration qui l'employait... «Mais bientôt, les prix littéraires vont bousculer l'ordre des choses», prévoit Isabelle Le Gonidec. Les élus feront des cadeaux de fin d'année parfaits. Beaucoup d'autres seront renvoyés sans ménagements à leurs éditeurs...

16 mai 2012